BALDUNG GRIEN (H.)


BALDUNG GRIEN (H.)
BALDUNG GRIEN (H.)

En peinture, la figure centrale de la Renaissance allemande est Albrecht Dürer. Son élève le plus important fut Hans Baldung Grien dont l’art appartient à la fois à la Renaissance et au maniérisme. Son œuvre, qui groupe un catalogue abondant de tableaux, de gravures et de dessins, est l’expression d’une personnalité tout à fait particulière. Baldung Grien, sensible aux orientations intellectuelles de l’humanisme et de la Réforme, révèle dans des œuvres religieuses, profanes, mythologiques et allégoriques, remarquables par la finesse du dessin et le raffinement du coloris, un tempérament violent en même temps qu’une spiritualité très sereine.

Baldung et Dürer

Hans Baldung est né à Schwäbisch Gmünd en Souabe. Il appartient à une famille d’érudits. Après un apprentissage dans sa ville natale chez un peintre qui venait probablement de l’école de Martin Schongauer (on admet qu’il reçut le surnom de Grien, vert, à cette époque), il se rendit vers 1503 à Nuremberg où il entra dans l’atelier d’Albrecht Dürer. Les années passées chez ce peintre furent décisives pour le développement du jeune artiste que Dürer semble avoir occupé surtout comme dessinateur de vitraux. Les dessins des années 1503-1504 révèlent ses dons et annoncent ses talents de graveur. En 1505, il réalisa, aux côtés de Dürer, la partie la plus considérable des gravures sur bois du livre d’Ulrich Pinder, le Beschlossen Gart , et, après le départ du maître pour l’Italie en 1505, les illustrations du Speculum Passionis du même auteur.

Il est possible que le jeune peintre ait dirigé pendant quelque temps l’atelier de Dürer, ce qui prouverait qu’il était estimé du maître. Au printemps de l’année 1507 au plus tard, Baldung quitte Nuremberg, et on le trouve dans le nord de l’Allemagne à Halle (Saxe) où il entreprend deux grands triptyques.

Bien que la composition de L’Adoration des mages (Berlin) et de Saint Sébastien (musée de Nuremberg) comporte encore des maladresses, la sûreté du coloris semble étonnante. En plaçant son autoportrait derrière la figure principale au centre du retable de saint Sébastien, Baldung Grien montre la conscience qu’il a de sa valeur.

Les séjours à Strasbourg et à Fribourg-en-Brisgau

En 1509, Baldung s’établit à Strasbourg. En peu de temps, il s’est fait un nom comme peintre; estimé comme citoyen, il devint même plus tard membre du conseil de la ville.

Son tempérament fougueux, sa fantaisie et son imagination sont inépuisables. Presque chaque année, il exécute des gravures sur bois et des illustrations de livres. À côté des sujets religieux, son attention se concentre de plus en plus sur des thèmes profanes. Les allégories, pleines de spiritualité ainsi que de diabolisme, révèlent le cercle d’humanistes avec lequel il était lié. Les Trois Âges de la femme et la Mort (Kunsthistorisches Museum, Vienne), vers 1510, en est un exemple. La beauté du corps humain y est confrontée avec l’image effroyable de la Mort, représentée comme un cadavre qui rappelle l’allégorie de la Vanitas , inspirée des danses macabres du Moyen Âge.

Mais il reste également le peintre des thèmes religieux. À peu près à la même époque, il peint deux Crucifixion (Berlin et Bâle), une Messe de saint Grégoire (Museum of Arts, Cleveland, Ohio), une Nativité (Bâle) et plusieurs versions du Repos pendant la fuite en Égypte (Vienne et Nuremberg). Là encore, on remarque l’influence de Dürer, bien que chez Baldung la composition, maintenant claire, s’unit avec l’expression d’une spiritualité toute personnelle.

De 1512 à 1516, Baldung travaille à Fribourg-en-Brisgau. C’est là qu’il exécute son chef-d’œuvre, le retable du maître-autel de la cathédrale: au centre, le Couronnement de la Vierge , et sur les volets, Les Apôtres ; à l’extérieur se trouvent des scènes de la vie de la Vierge, L’Annonciation, La Visitation, La Nativité et la Fuite en Égypte ; au revers, la Crucifixion , quatre Saints et Les Donateurs .

C’est un des rares exemples de retable monumental conservé intact à l’emplacement original. La composition, et surtout la hardiesse des effets de lumière s’inspirent de Grünewald qui travaille à cette époque à Issenheim. Les mêmes tendances expressives se retrouvent dans La Déploration du Christ (Berlin), exécutée vers 1516. Toujours pour la cathédrale de Fribourg, il peignit, vers 1514-1515, les deux volets du retable Schnewlin: Le Baptême du Christ et Saint Jean à Patmos (Fribourg).

Baldung et le maniérisme

En 1517, de retour à Strasbourg qu’il ne quitte plus jusqu’à sa mort, les recherches artistiques de Baldung prennent une nouvelle orientation. Déjà, Le Déluge (Bamberg) de 1516 montre la dualité de son tempérament qui s’exprime dans une composition très animée, avec des couleurs dissonantes.

Baldung peint de plus en plus des thèmes allégoriques et mythologiques où son imagination exaltée et violente se donne libre cours. Les Sorcières (Francfort) de 1523 en sont un exemple impressionnant. Il avait déjà traité le même sujet dans des dessins et des gravures, œuvres pleines de diabolisme et de sensualité, influencées par la superstition du siècle de la Réforme.

Il travaillait de plus en plus pour des particuliers. Les thèmes d’histoire ancienne ou de mythologie, Pyrame et Thisbé (Berlin, 1530), Hercule et Antée (Breslau, 1530), Mucius Scaevola (Dresde, 1531), se distinguent par la liberté de la composition, la véhémence et la finesse du coloris.

Une collection riche en dessins et gravures, pleine d’allusions cachées et d’énigmes allégoriques, révèle l’ampleur de son inspiration et son intérêt pour les problèmes intellectuels et les théories spirituelles. De telles œuvres marquent le passage de la Renaissance au maniérisme.

Cet esprit maniériste s’accentue dans les tableaux des vingt dernières années passées à Strasbourg. Cette nouvelle conception d’un style «artificiel» se fait jour dans des compositions exaltées. Il donne aux figures des attitudes compliquées, et il abandonne le canon classique des proportions du corps humain appris chez Albrecht Dürer. L’intérêt de Baldung Grien se tourne de plus en plus vers les problèmes plastiques. Par ces tendances, quelques-unes de ses œuvres sont proches de celles de Cranach l’Ancien. Or, de cette orientation ne découle pas un appauvrissement de l’art de Baldung, mais plutôt une nouvelle concentration intense de l’expression.

Le maniérisme est également visible dans ses tableaux religieux. Dans ses Vierge à l’Enfant (Nuremberg, Berlin, Strasbourg) on remarque l’influence de Jan Gossaert (1487 env.-1536 env.) ainsi qu’un attachement à la peinture gothique du XVe siècle. Ces tableaux de piété (Andachtsbilder ) comptent parmi les plus beaux de l’artiste.

Toute sa vie, Baldung a peint des portraits dont l’un des chefs-d’œuvre est celui du comte Christophe de Bade (Munich), exécuté en 1515. Dans ce genre, Baldung se distingue de Dürer qui représente ses modèles en les détaillant rigoureusement. Son attention se concentre davantage sur le caractère du personnage. Dans les portraits de ses dernières années, dont le type de buste reste toujours à peu près le même, il s’intéresse moins à l’illusion naturelle qu’à une conception plus abstraite traduisant l’état d’âme du modèle.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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